Orientations pour l'EDUCATION A LA SANTE au collège ![]()
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Circulaire n° 98-237 du 24 novembre 1998
(Éducation nationale, Recherche et Technologie : bureaux
DESCO B4 et A4)
Texte
adressé aux recteurs d'académie, aux inspecteurs d'académie, directeurs des
services départementaux de l'éducation nationale, aux inspecteurs de l'éducation
nationale, aux chefs d'établissement et aux directrices et directeurs d'école.
NOR : SCOE9802899C
Références : décret no 92-1200 du 6 novembre
1992 ; arrêté du 22 février 1995 ; arrêté du 22 novembre
1995 ; arrêté du 10 janvier 1997 ; arrêté du 15 septembre
1998 ; circulaire no 90-039 du 15 février 1990 ; circulaire
no 90-108 du 17 mai 1990 ; circulaire no 97-123 du 23 mai
1997 ; circulaire no 98-108 du 1 juillet 1998 ; circulaire
no 98-234 du 19 novembre 1998.
L'évolution
des missions confiées à l'école implique que la place de l'éducation à la
santé soit réaffirmée, non seulement dans les enseignements, mais aussi à
travers l'ensemble des activités éducatives.
Les
responsabilités de la société vis-à-vis de la santé des jeunes n'incombent
pas, bien entendu, à la seule éducation nationale. Elles concernent également
les parents, les divers services de l'État, les médecins du secteur
hospitalier ou privé, les collectivités, les associations. Mais, dans l'action
publique de promotion de la santé chez les jeunes, l'éducation nationale a un
rôle irremplaçable à jouer, qu'il convient d'exercer de manière résolue. On
ne peut en effet ignorer que, sur bien des aspects, la santé des jeunes pose
des problèmes particulièrement préoccupants, liés à l'évolution des
mentalités, des comportements et du contexte économique et social.
C'est
pourquoi l'un des axes privilégiés par le plan de relance de la santé
scolaire annoncé en mars 1998 consiste à renforcer le rôle de l'éducation
nationale, en instaurant un nouveau cadre pour la mise en oeuvre des actions
concernant les élèves.
L'éducation
à la santé doit s'inscrire dans un projet éducatif global. Elle prend en
effet appui sur la transmission de savoirs et de connaissances, passe par
l'organisation du cadre de vie à l'école et des activités éducatives, inclut
enfin la prévention, qui vise à prémunir les jeunes contre les risques
actuellement identifiés.
L'éducation
à la santé se déroule tout au long de la scolarité des élèves. Elle doit
commencer très tôt car beaucoup de comportements favorables à la santé
s'acquièrent d'autant plus aisément qu'ils font l'objet d'un apprentissage précoce.
Sa mise en oeuvre implique que l'ensemble des personnels intègrent les
objectifs d'éducation à la santé dans les missions qui déterminent leur
action au quotidien.
Dans
cette perspective globale, il apparaît nécessaire, en s'appuyant sur
l'ensemble des actions déjà mises en place, de redéfinir le cadre de l'éducation
à la santé depuis la maternelle jusqu'à la fin du collège, en précisant sa
nature et ses objectifs, les modalités de sa mise en oeuvre, sa place dans le
projet d'école ou d'établissement, la formation des personnels impliqués, son
pilotage.
À
l'opposé d'un conditionnement, l'éducation à la santé vise à aider chaque
jeune à s'approprier progressivement les moyens d'opérer des choix, d'adopter
des comportements responsables, pour lui-même comme vis-à-vis d'autrui et de
l'environnement. Elle permet ainsi de préparer les jeunes à exercer leur
citoyenneté avec responsabilité, dans une société où les questions de santé
constituent une préoccupation majeure
Ni
simple discours sur la santé, ni seulement apport d'informations, elle a pour
objectif le développement de compétences présentées ci-après en annexe.
Ces
compétences reposent à la fois sur :
-
l'appropriation de connaissances utiles pour comprendre et agir,
-
la maîtrise de méthodes de pensée et d'action,
-
le développement d'attitudes, telles que l'estime de soi, le respect des
autres, la solidarité, l'autonomie, la responsabilité.
2 - Mise en oeuvre : moyens et méthodes
Composante
d'une éducation globale, l'éducation à la santé ne constitue pas une
nouvelle discipline : elle se développe à travers les enseignements et la
vie scolaire. Tous les personnels membres de la communauté éducative (1)
y prennent part, individuellement et collectivement, chacun selon la spécificité
de ses missions.
Il
convient cependant de souligner le rôle essentiel des personnels de santé - médecins,
infirmier(e)s - et des personnels du service social. Leurs compétences
particulières en font des acteurs privilégiés en matière d'éducation à la
santé.
2.1 Toutes les circonstances de la vie scolaire se prêtent à l'éducation
à la santé
Il
en est ainsi notamment des enseignements, de l'accueil des élèves, de
l'organisation du cadre et des rythmes de vie, de l'utilisation des locaux, de
la restauration, etc...
Pour
qu'une action positive s'exerce dans ces circonstances, il importe :
-
que les élèves soient le plus possible associés avec les adultes à la réflexion
et soient amenés à prendre leur part de responsabilités ;
-
que les adultes adoptent, dans l'exercice de leur autorité, des attitudes de
respect et de dialogue à l'égard des élèves et aient conscience de la valeur
d'exemple de leurs comportements.
2.2
Dans son enseignement, tout enseignant contribue, de manière plus ou moins spécifique,
à l'éducation à la santé
-
À l'école comme au collège, quelle que soit la matière, chaque enseignant
contribue à l'éducation de ses élèves. Il s'attache, en particulier, à
favoriser le dialogue avec et entre les élèves, à leur apprendre le respect
des règles de vie en commun, les aide à développer des attitudes positives,
adopte avec chacun une démarche valorisante. Il participe ainsi à l'éducation
à la santé dans le cadre de ses missions définies, s'agissant du second degré,
par la circulaire no 97-123 du 23 mai 1997.
-
Certains enseignements contribuent directement, conformément à leurs
programmes, à développer des connaissances en rapport avec la santé. Leur
finalité éducative suppose la participation active des élèves à la
construction de ces connaissances, reliées à des situations concrètes.
-
De nombreux enseignements, enfin, dont les programmes n'ont pas directement
trait à la santé, peuvent cependant mettre en oeuvre des activités, exploiter
des situations, des textes ou des supports utiles pour l'éducation à la santé.
Afin
de mieux atteindre ses objectifs, l'éducation à la santé nécessite une prise
en charge collective, cohérente et progressive à travers les différents
enseignements.
Au
collège, on peut notamment s'appuyer sur les parcours diversifiés, qui sont
particulièrement propices à une telle démarche.
À
l'école primaire, la polyvalence des maîtres contribue à faire de l'éducation
à la santé une compétence transversale.
2.3 Toute action des
services de santé et sociaux est préparée et conduite dans un souci d'éducation
Toute
action des services de santé et sociaux doit être préparée, le cas échéant
avec le concours d'enseignants ou d'autres membres de la communauté éducative,
de manière à ce que les élèves soient en mesure d'en comprendre le sens.
Dans cet esprit, un bilan de santé, une visite auprès de l'infirmier(e), une
consultation auprès du médecin de l'éducation nationale, un entretien avec
l'assistant(e) social(e) sont conduits dans un souci de respect de la
personnalité de l'élève et de dialogue confiant.
2.4 La dynamique de l'éducation à la santé bénéficie
d'initiatives qui relient et prolongent ces actions
À
l'école maternelle et à l'école élémentaire, dans le cadre des projets d'école,
et en lien avec les programmes, de nombreuses initiatives favorisent déjà l'éducation
à la santé. Il faut souligner à cet égard le rôle majeur de l'école en
matière de respect du corps et d'apprentissage des règles d'hygiène.
Il
convient d'étendre de telles pratiques. Leur portée éducative repose sur la définition
d'objectifs clairs, la prise en compte du milieu de vie, des habitudes
culturelles, des intérêts et des préoccupations des enfants. Elle suppose la
mise au point de projets mobilisant les divers membres de la communauté éducative,
et d'abord des enseignants et personnels de santé, selon leurs compétences
respectives. L'implication des élèves, l'association des parents aux projets
sont nécessaires.
Au
collège, des initiatives, dont l'objectif est de promouvoir une prise en charge
plus systématique et plus globale de l'éducation à la santé ont fait l'objet
de bilans positifs. C'est pourquoi il a été décidé de s'en inspirer pour généraliser
à tous les collèges, à côté des enseignements et en relation avec eux, des
rencontres éducatives sur la santé.
3 - Les rencontres éducatives sur la santé au collège
3.1 Objectifs
Les
rencontres éducatives permettent de renforcer, en les mobilisant, les acquis
des enseignements, dans le cadre d'une formation plus globale.
À
travers ces rencontres, il s'agit :
-
de favoriser un dialogue organisé et ouvert entre élèves, mais aussi entre
adultes et élèves ;
-
de privilégier des objectifs liés au développement d'attitudes, à une réflexion
sur les normes et les valeurs, sur le rapport à la loi et à la règle, etc. ;
-
d'impulser la nécessaire collaboration entre tous les adultes de la communauté
éducative, notamment entre personnels de santé, sociaux et enseignants.
3.2 Contenus et méthodes
Il
ne s'agit pas de reprendre, ni a fortiori d'anticiper sur l'étude de notions de
biologie enseignées par ailleurs, pas plus que d'aborder celle des diverses
maladies, de leur prévention ou de leur traitement. Le but est d'aider les élèves
à réfléchir et à s'investir, individuellement et collectivement, en
utilisant leurs acquis, à propos de situations en rapport avec la santé, vécues
ou présentées sous forme de témoignages, d'enquêtes, de films ou d'autres
documents.
Il
importe que les situations retenues, en cohérence avec les programmes, soient :
-
suffisamment diverses au cours de la scolarité au collège ;
-
choisies parmi les questions relatives notamment à l'alimentation, à la
motricité et à la posture, à la sécurité, à la prévention des accidents
et aux premiers secours, à la sexualité, à l'environnement, à des sujets de
société (consommations nocives, violence, dépression) ; il est toutefois
nécessaire de les exploiter de manière progressive et sans recherche
d'exhaustivité, en privilégiant une approche globale et positive de la santé ;
-
en rapport avec l'âge, le milieu de vie, l'expérience, les besoins et les intérêts
des élèves. Le recours à des situations motivantes, à l'origine de
questionnements plus fertiles, est préférable à l'utilisation de
questionnaires qui peuvent être source de nombreux lieux communs.
Les
adultes qui encadrent les rencontres guident les élèves (choix des situations
et des projets, recherche des documents et des sources, organisation des activités,
individuelles ou en équipe...). Ils veillent au développement d'un dialogue
authentique, qui ne saurait se réduire à un échange de questions - réponses.
Dans un esprit de valorisation, ils prévoient des évaluations adaptées et
entraînent les élèves à une auto-évaluation. Il leur appartient de faire
prendre conscience des repères et des limites, sans imposer une philosophie ou
des choix personnels. Ils doivent veiller scrupuleusement au respect des
consciences, de la sensibilité et du droit à l'intimité des élèves.
3.3 Organisation et mise en
oeuvre
Les
rencontres éducatives sur la santé, élaborées avec toute la communauté éducative,
sont prévues dans le projet d'établissement.
Le
programme de ces rencontres précise :
-
les priorités retenues, les objectifs visés, les actions à mener ;
-
le nombre, la durée et le calendrier des rencontres, inscrites dès le début
de l'année dans l'emploi du temps des élèves et dans le service des
personnels ;
-
la qualité des personnels de l'établissement chargés de leur encadrement, et,
le cas échéant, les intervenants extérieurs, qui apportent leur contribution
sous la responsabilité des personnels de l'établissement ;
-
les modalités d'information des parents et celles de leur participation.
Pour
les rencontres dont l'encadrement est assuré par des enseignants, les moyens
horaires nécessaires sont pris sur la dotation horaire globale :
-
soit, avant la répartition par discipline, en affectant aux rencontres éducatives
un quota d'heures réservées ;
-
soit, après cette répartition et une fois établi l'emploi du temps des élèves,
par réaffectation aux rencontres éducatives de séquences d'enseignement
(heures "banalisées") en veillant à les répartir équitablement sur
l'ensemble des disciplines.
Des
groupes d'élèves, issus d'une même division ou des divisions d'un même
niveau, sont constitués sous la responsabilité du ou des professeurs
principaux concernés. Leur effectif, limité, peut être inférieur à celui
d'une division.
Tous
les élèves doivent avoir participé à ces rencontres éducatives sur la santé,
pour un horaire moyen indicatif de 30 à 40 heures au total pour les quatre années
de collège. Cet horaire est réparti entre deux niveaux au moins, selon le
choix de l'établissement, avec par exemple une priorité à la 6ème d'une
part, d'autre part aux niveaux 4ème - 3ème, où il intègre alors les séquences
obligatoires d'éducation à la sexualité prévues par la circulaire no 98-234
du 19 novembre 1998, voir ci-avant.
4 - Cohérence éducative : éducation à la santé, projet d'établissement
et comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (RLR 552-4)
4.1 Éducation à la santé et projet d'établissement
L'éducation
à la santé doit trouver pleinement sa place dans le projet d'école ou d'établissement,
instrument privilégié de la prise en compte cohérente de la santé dans
l'enseignement et la vie scolaire.
-
Il inclut le choix de priorités et de projets d'activités marquant
l'originalité et la singularité de l'établissement dans le cadre des
orientations nationales ;
-
au collège, il fixe l'organisation des rencontres éducatives sur la santé ;
-
il ménage la cohérence et la progressivité de l'ensemble des activités
d'enseignement et hors enseignement, et garantit la complémentarité des
interventions des membres de la communauté éducative ;
-
il organise les partenariats utiles, impliquant les collectivités locales, les
organismes ou associations compétents pour l'éducation à la santé, experts,
et prévoit, le cas échéant, les interventions de personnes ou organismes extérieurs
qui peuvent être sollicités dans le respect des procédures d'agrément en
vigueur (décret no 92-1200 du 6 novembre 1992).
Ces
interventions s'inscrivent toujours dans les choix de l'école ou du collège et
ne doivent pas aboutir au désengagement des personnels de l'établissement ;
-
il précise les thèmes et les modalités des actions de formation continue des
personnels nécessaires à sa mise en oeuvre.
4.2 Éducation à la santé et comité d'éducation à la santé
et à la citoyenneté
La
généralisation de l'éducation à la santé suppose une liaison forte avec les
actions menées par le comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté,
dont les missions ont été définies par la circulaire no 98-108 du 1er juillet
1998.
Cette
liaison peut être réalisée autour de trois axes :
-
contribuer à établir un diagnostic de l'établissement à partir d'indicateurs
concernant notamment les besoins et intérêts des élèves, les caractéristiques
de l'environnement, les priorités locales de santé ;
-
assurer la coordination et le suivi des interventions des différents
partenaires, en particulier dans le cadre des rencontres éducatives ;
-
établir un bilan annuel de l'éducation à la santé.
5 - La formation des personnels
La
formation initiale et continue des personnels constitue un moyen essentiel pour
promouvoir la généralisation de l'éducation à la santé. C'est pourquoi il
importe qu'ils soient formés à prendre en compte dans leur activité
professionnelle les méthodes et les objectifs de l'éducation à la santé. De
même ils doivent être préparés à organiser, dans des démarches de projets,
la cohérence indispensable entre les activités et la complémentarité nécessaire
des acteurs.
Les
actions de formation continue répondent par priorité aux besoins et aux
demandes des équipes d'écoles ou de collèges, voire de secteurs. Toujours
fondées sur la globalité de l'éducation à la santé et plus largement de
l'action éducative, privilégiant les méthodes par rapport aux contenus spécialisés,
ces formations peuvent s'organiser à partir de la compréhension et de la
connaissance de l'enfant et de l'adolescent sur des thèmes tels que
l'alimentation, la sexualité, le respect du corps, les toxicomanies...
L'organisation
de formations pluricatégorielles, la constitution au niveau académique d'équipes
associant des formateurs de catégories différentes et les interventions
conjointes de ces formateurs sont à développer.
Des
stages de formation de formateurs, conçus selon les mêmes principes, sont
proposés au plan national de formation.
Les
personnels d'inspection et de direction, les conseillers techniques des recteurs
et conseillers techniques responsables départementaux de santé et sociaux,
sont préparés, en formation initiale et en formation continue, à assumer en
synergie leur rôle de coordination et d'animation dans ce domaine.
6 - Pilotage académique et départemental
La
généralisation de l'éducation à la santé à l'école et au collège
implique un accompagnement, un suivi et une évaluation des initiatives prises
par les établissements, notamment des rencontres éducatives dans les collèges,
et de leur insertion dans le projet global d'éducation à la santé.
Aux
différents niveaux, académique et départemental, il paraît opportun, pour
une meilleure cohérence et une coordination efficace, de s'appuyer sur le
dispositif existant en matière de pilotage et de suivi des comités d'éducation
à la santé et la citoyenneté, incluant, en particulier, des responsables de
la vie scolaire (inspecteur pédagogique régional "établissements et vie
scolaire", proviseur vie scolaire, inspecteurs de l'éducation nationale),
des conseillers techniques de santé et sociaux...
Les
académies seront sollicitées par la direction de l'enseignement scolaire afin
d'établir un bilan de l'application de ces dispositions.
J'appelle
votre attention sur l'importance particulière que j'attache à la prise en
compte à tous les niveaux de ces orientations nationales relatives à l'éducation
à la santé, qui s'inscrivent dans une perspective d'éducation globale et
d'apprentissage de la citoyenneté.
Annexe
OBJECTIFS
DE L'ÉDUCATION À LA SANTÉ, DE LA MATERNELLE À LA FIN DU COLLÈGE
Ce
document, établi en vue de faciliter le travail de l'équipe éducative,
propose dans ses quatre premières colonnes une traduction des contenus enseignés
dans les cycles successifs de l'école primaire et du collège, sous forme de
compétences en rapport avec la santé. La dernière colonne indique, à titre
d'exemple, quelques repères relatifs au développement de compétences
personnelles et relationnelles.
Objectifs
de l'éducation à la santé de l'école maternelle à la fin du collège
(Tableau
détaillé des compétences à développer : BO no 45 du 3 décembre
1998.)