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Nous prendrons comme point de départ le texte de
G.KLEIN et J.A.MEARD (qui appartiennent au groupe qui conçoit les
programmes) paru dans le n° 291 d’octobre 2001 de la revue EPS. Dans ce
texte il est dit qu’il y a des compétences à acquérir en EPS, et que pour
acquérir une compétence, il faut passer par l’apprentissage de connaissances. Il y a une séries
d’opérations mentales qui vont de la perception de la situation à la
programmation du geste. Le mouvement ne devient plus que la conséquence de
ce qui s’est passé précédemment. Qu’est-ce qui fait que quelqu’un arrive à
accomplir les opérations dans ces différents stades de manière efficace ?
C’est ce que l’on appelle la base de connaissances, c’est-à-dire
les différentes connaissances qui sont stockées dans la mémoire à long
terme de l’individu et qui vont lui permettre de traiter de manière
efficace les informations.
Il existe deux grandes catégories de connaissances :
- les connaissances déclaratives ou propositionnelles : savoir
quoi, savoir que… Ex : Christophe Colomb a découvert l’Amérique le 12
octobre 1492. Au niveau des activités physiques, ce sont les
règlements : on a droit à un seul rebond dans sa partie du cours en
tennis ; en rugby, on ne peut faire des passes que vers l’arrière…
(renvoi à une conférence à la Sorbonne du temps où Vivès était directeur
de la revue EPS ayant comme thème : les connaissances actuelles sur
l’apprentissage - dossier EPS n° 28 : colloque Enseignants-Chercheurs.
Le paradigme de recherche était : expert/novice. Il est démontré que les
experts dans un sport possèdent beaucoup plus de connaissances
déclaratives qu’un pratiquant moyen). L’acquisition de ce type de
connaissances est essentielle pour la réussite, il est donc normal de
les apprendre en EPS. Dans les programmes on les retrouve dans la
rubrique " information " ;
- les connaissances procédurales : savoir comment. Elles sont
stockées en mémoire sous une forme bipolaire, un côté cognition, un côté
action, représentée par : SI-ALORS. Ex : Si au tennis je suis déporté en
dehors du cours, alors il faut que je renvoie la balle de façon à avoir
le temps de me replacer. Ce qui fait intervenir le niveau perceptif et
le niveau de la décision. En EPS, on retrouve à ce niveau tout ce qui
est les règles d’action et les principes d’action développés à une
époque par les didacticiens. Ils avaient raison, sauf sur un point,
c’est qu’en mettant l’accent totalement sur cela ils oubliaient la
troisième phase qui consiste à mettre en œuvre ce que l’on a décidé. Et
c’est pourtant celle qui est essentielle en EPS puisqu’elle concerne
l’habileté motrice proprement dite. Dans les programmes, ce sont les
savoir-faire tactiques. Les savoir-faire tactiques ne sont rien d’autre
que les connaissances procédurales. L’habileté sportive, c ‘est
SI – ALORS - FAIRE. Ex : en basket, je me retrouve à deux contre
un et je suis le porteur de balle : si je suis marqué, alors je passe ;
si je suis démarqué, alors je tire. Mais, alors je passe ou alors je
tire engage ma réussite. Pour que je sois compétent, je dois réussir la
passe ou le tir et c’est le faire qui devient important. C’est le faire
que l’on doit développer dans le cadre de l’EPS, c’est-à-dire le
potentiel moteur des élèves et pas seulement leur " capacités
intellectuelles d’analyse ", même si elles sont indispensables à la
réussite sportive. L’EPS est avant tout le développement de la
motricité chez les élèves, l’acquisition d’habiletés motrices. On en
arrive maintenant au schéma de Schmidt : on a un programme moteur
généralisé et on apprend à paramétrer ce programme en fonction des
différentes infos que l’on recueille.
Question : par rapport à la prise de
conscience ?
Réponse : la prise de conscience est indispensable, mais pas à ce
moment là. Elle est indispensable au moment de la mise en place du but que
l’on poursuit. Maintenant les théories cognitives sont passées à une autre
étape, celui qui apprend et celui qui est bon est celui qui sait
autoréguler ses apprentissages, ce qui veut dire : savoir se fixer des
buts, savoir planifier la manière dont on veut atteindre les buts (c’est
là qu’intervient la prise de conscience), savoir enregistrer ses résultats
et les comparer au but poursuivi, et savoir réagir par rapport à ce
constat. Il existe un contrôle sur l’apprentissage, sur la motivation, et
sur les émotions. Il s’agit d’une triple régulation. Il doit y avoir une
prise de conscience par rapport à ça et non de la façon dont je réalise le
geste. De toute façon il existe une impénétrabilité cognitive qui fait
qu’on ne peut pas réfléchir sur le geste au moment où on le réalise. Ex :
si j’envoie une balle de tennis sur quelqu’un, à aucun moment je ne
réfléchis pendant que je le fais à la façon dont je la renvoie.
Question : qu’est ce qu’être compétent en EPS ?
Réponse : la compétence est constituée par l’ensemble des
connaissances dont on vient de parler. Je suis d’accord avec la définition
des compétences du texte de Gilles Klein. Dans ce texte, ils se sont basés
sur une interview que j’ai réalisée de Leplat. Pour Leplat, la compétence
en EPS, c’est l’habileté, c’est-à-dire la capacité que possède un individu
à atteindre un but. Sur les documents d’accompagnement des collèges, il y
a confusion entre tâche et compétence. Ex : " Sauter le cheval en long ",
ce n’est pas une compétence, c’est une tâche. La compétence serait :
" savoir sauter le cheval en long ", ce qui sous-entend la possibilité de
s’adapter aux variations des caractéristiques de la tâche (tremplin plus
ou moins dur, course d’élan plus ou moins longue…).
Si je suis d’accord avec les définitions données aux
compétences déclaratives et aux compétences méthodologiques, bien que je
regrette qu’elles ne figurent pas dans les textes sous ces termes, je
n’adhère pas aux définitions des connaissances de soi et connaissances
méthodologiques. La connaissance de soi ne se résume pas à ce qui est
écrit, c’est quelque chose de beaucoup plus complexe qui est liée à
l’estime de soi et qui fait que l’on apprend ou pas en cours d’EPS.

I. CONNAISSANCE DE SOI
Dans les textes des collèges, on trouve un objectif peu
spécifié et qui ne s’accompagne d’aucun moyen pour savoir si les
enseignants s’en approchent ou pas : " Développer une image de soi
positive chez les élèves ". Qu’est-ce qu’une image de soi positive ?
Comment la développe-t-on ? Comment savoir si on s’en approche ?
Cela touche tout un domaine de recherche qui est en train de se développer
en ce moment qui concerne le " concept de soi ". Le soi prend en
psychologie cognitive une importance capitale. On utilise des termes
proches de ceux de la psychanalyse, mais ça ne fait pas référence au
fonctionnement psychanalytique. On utilise les termes de " soi idéal "
et de " soi réel " mais la manière de le réguler est totalement différente .
On distingue à ce niveau le " soi moi " du " soi je ".
a. le " soi moi "
C’est le soi que l’on considère en temps qu’objet, que
l’on regarde, que l’on décrit et que l’on évalue. Aux alentours des années
80 Marsh (australien) étudie comment est organisée la connaissance de soi,
en particulier la connaissance de soi des adolescents dans le système
scolaire. Il en ressort qu’elle est pluri-dimensionnelle, elle se fait par
domaines séparés, et elle est organisée de manière hiérarchique.

Le soi global ou concept de soi global : c’est
le résumé de l’ensemble des connaissances de soi qui existent aux niveaux
inférieurs. Il se divise en deux sous ensembles : le concept de soi
académique ou scolaire qui est le jugement que l’on porte sur soi dans le
domaine scolaire, et le concept de soi non scolaire. Ces deux
sous-ensembles se subdivisent à nouveau, d’un côté en concept de soi en
maths, français… et de l’autre en concept de soi social (relations
sociales avec les adultes et autrui significatif, pairs de même sexe,
pairs de sexe opposé..), concept de soi affectif (jugement que l’on porte
sur soi même, ex : passionné, instable…) et concept de soi physique qui se
divise encore en deux : apparence physique et compétence sportive.
Il s’agit là d’un modèle ancien qui s’est perfectionné depuis. Pour
reprendre le concept de soi physique uniquement, on le divise maintenant
en sous domaines qui sont :

Ce qui est important c’est que la manière dont on se
juge dans un domaine est totalement indépendante de la manière dont on se
juge dans un autre domaine. La valorisation que l’on donne à certains
domaines et pas à d’autres a énormément d’influence sur l’estime de soi et
le concept de soi global. Ex : pour une personne qui valorise le domaine
de la compétence sportive, si on lui dit qu’elle chante faux, cela ne fait
pas varier le niveau de son estime de soi, mais si on lui reproche d’être
incompétente au tennis, son concept de soi va diminuer fortement.
Ce qui va motiver les élèves pour apprendre en EPS, c’est d’augmenter
l’estime de soi. Dans le cas où l’estime de soi se trouve mise en cause,
ils vont chercher à se protéger, et pour se protéger adopter des conduites
d’évitement (ex : Marie Jo Pérec aux JO).
La connaissance de soi est très sous estimée dans le cadre de ces
programmes car cela détermine des comportements que nous allons voir par
la suite : comportement de maîtrise, de comparaison sociale….
b. le " soi je "
C’est celui qui va organiser la conception que l’on a
de soi-même. On va reprendre l’exemple d’un domaine de compétence
sportive, le tennis. La première façon de savoir si je suis compétent,
c’est la comparaison sociale. Je compare ma performance à celle des autres
(l’autre me sert de référence) ou à un classement. Si je suis meilleur que
les autres ou que je m’approche de la valeur de classement que j’ai pris
comme référence, mon concept de soi au tennis va augmenter, et il
diminuera dans le cas contraire.
Que peut-on faire en EPS ?
Je vais vous faire part ici d’une expérience réalisée par une étudiante en
thèse, Stéphanie Boléda. Elle a pris deux groupes d’élèves en endurance et
en musculation. Les deux groupes étaient équivalents, c’est-à-dire qu’ils
présentaient le même niveau moyen de concept de soi en endurance et en
force, et étaient au même niveau de performance dans les deux activités.
On fait faire le même travail aux deux groupes, mais il y a un groupe qui
est orienté maîtrise c’est-à-dire que l’enseignant, après chaque tâche
réalisée, donne des informations sur les progrès, et un groupe qui est
orienté comparaison sociale c’est-à-dire où l’enseignant ne donne des
informations que sur le classement au sein du groupe ou les résultats
obtenus par rapport aux autres. A la fin des cycles, les deux groupes
avaient objectivement progressé de manière équivalente en musculation et
en endurance. Donc objectivement on avait développé la motricité de
manière équivalente. Par contre, le groupe orienté comparaison sociale a
diminué son concept de soi, alors que le groupe orienté maîtrise l’a, en
moyenne, augmenté. Le groupe orienté comparaison sociale a diminué son
concept de soi car les bons l’ont conservé voire augmenté, mais tous ceux
qui se trouvaient plus bas qu’eux dans le classement du groupe l’ont
diminué.
Ce concept de soi peut être manipulé en permanence en
EPS, mais en faisant attention.
Question : comment peut-on mesurer le concept de soi ?
Réponse : On dispose d’échelles (validation française du
questionnaire de Marsh).

Le questionnaire se compose d’une série d’items (phrase
ou affirmation, par exemple : mes camarades de classe me trouvent très bon
en EPS) et on demande de se situer sur une échelle qui va de " tout à fait
d’accord " à " pas du tout d’accord ". Ensuite, on fait la moyenne sur 8
items par domaine. Au début du cycle, on fait passer le questionnaire et
on obtient une représentation de soi dans tous les domaines. A la fin du
cycle on propose à nouveau ce questionnaire, et on constate que seule
l’échelle concernant l’endurance et la force a subi une variation. Les
autres n’ont pas changé.
Il y a un autre domaine que j’évoquerai avec la
motivation qui influence le concept de soi, c’est l’attribution causale :
si vous attribuez un succès à votre habileté, vous augmentez votre concept
de soi. Si vous l’attribuez à la chance ou à la facilité de la tâche ou à
l’effort, votre concept de soi ne bouge pas, il reste au même niveau. Par
contre, si vous attribuez un échec à votre habileté (je suis nul…) ou si
c’est l’enseignant qui vous le dit, votre concept de soi diminue.
Une dernière chose qui est importante et surprenante et
sur laquelle on essaie de faire des expériences mais ce n’est pas facile,
c’est que le cadre de comparaison a une importance. Dans l’exemple
que l’on a pris, on se compare à des personnes extérieures. Mais on peut
choisir un cadre de comparaison intérieur. Considérons une personne qui
pratique deux activités physiques, le golf et le tennis. Elle est bien
classée au tennis et pas au golf. Elle prend comme valeur de comparaison
l’activité dans laquelle elle est meilleure, ici le tennis. Cela fait
augmenter son concept de soi dans l’activité ou elle est forte et baisser
dans l’autre. Il est bon de rappeler ici que la représentation que l’on a
de soi même n’est pas directement liée à la réalité : c’est ce que l’on
appelle les croyances.
Maintenant considérons deux personnes qui jouent au
golf et au tennis. La première est classée première série au tennis et
handicap 4 au golf, elle prend comme cadre de référence le tennis, son
concept de soi au tennis augmente et diminue au golf. La seconde est 15 au
tennis et handicap 8 au golf, elle prend comme cadre de référence le golf,
son concept de soi augmente au golf et diminue au tennis. Si maintenant on
mesure le concept de soi des deux personnes au golf, c’est celle qui est
le moins bien classée qui a un concept de soi le plus élevé. Ce qui tend à
montrer qu’à l’intérieur de nous-mêmes on " cuisine ". Pour établir la
représentation que l’on a de soi-même, on est obligé de faire des
comparaisons, de prendre une valeur de comparaison et de se situer par
rapport à cette valeur. On prend soi une valeur extérieure (les autres),
soit une valeur à l’intérieur de nous-mêmes quelque chose qui nous sert de
valeur de comparaison.
La représentation que l’on a de soi dépend certes de la pédagogie
employée, mais aussi des expériences que l’on fait et des outils de
comparaison que l’on utilise.
Question : la pression peut-elle intervenir sur
le concept de soi des très bons joueurs ?
Réponse : Absolument, à cause de la pression de comparaison sociale
ou de l’importance du classement.
Question : Est-ce que cela doit nous faire réfléchir par rapport au
projet que l’on peut demander à un élève, car s’il se
projette trop, il prend beaucoup de risque de faire diminuer son concept
de soi ?
Réponse : Tout à fait. On re-situera cela par la suite dans le
cadre de l’auto-régulation de l’apprentissage car si on veut aider des
élèves à s’auto-réguler, il faut leur apprendre à se fixer des objectifs
d’apprentissage réalistes. On en arrive à une chose qui est au centre de
la psychologie cognitive à l’heure actuelle, c’est que l’on agit en
fonction de croyances que l’on a sur nous mêmes, sur les tâches ou sur
l’extérieur et non en fonction de la réalité.
Le pire, ce sont les élèves qui se sous estiment, et ils sont nombreux,
car ils vont plutôt chercher à se protéger qu’à progresser. Il vaut mieux
être optimiste que pessimiste. Il vaut mieux avoir une représentation
supérieure à sa compétence objective que l’inverse.
II. LA
METACOGNITION
La métacognition c’est la connaissance que l’on a de sa
propre connaissance ou de son fonctionnement psychologique. Dans les
programmes on parle de compétences méthodologiques, c’est ce que
l’on va appeler des stratégies méthodologiques et surtout des stratégies
de régulation (ex : s’engager avec lucidité dans les activités). Cela
relève davantage de la métacognition que de la connaissance proprement
dite.
Il y a deux aspects dans la métacognition :
- l’aspect connaissance et évaluation de soi même (c’est un peu ce que
l’on a vu jusque là. Le concept de soi fait partie de la métacognition
puisqu’on évalue ses propres compétences donc ses propres connaissances)
et aussi la connaissance des tâches, ce qu’elles sollicitent, l’analyse
que l’on peut en faire ;
- l’autre aspect est la gestion de soi même et la gestion des
apprentissages, c’est-à-dire la régulation que l’on fait de son propre
comportement. Ce sont les stratégies de régulation. Par rapport à des
effets produits, la notion centrale va être la notion de but, avec son
corollaire, la notion d’anti but (le but d’évitement).
Le modèle de base est celui-ci :

L’idée fondamentale dans la psychologie cognitive, est
que tout comportement est orienté vers l’atteinte d’un but. Il n’existe
pas de comportement humain qui ne soit pas orienté vers un but quelconque.
Cela va avoir de fortes conséquences pédagogiques en ce qui concerne
l’apprentissage des élèves.
Mais dire que tout comportement humain est orienté vers
un but est insuffisant. En fait on fonctionne sous forme de boucle de
feed-back négative. Il y a un but, c’est le résultat désiré que l’on
cherche à atteindre. On verra qu’il y a différents niveaux de buts qui
organisent notre comportement. On prend un but particulier : j’essaie de
mettre la balle dans un panier. Le résultat désiré est que la balle entre
dans le panier. Tout mon comportement va s’organiser en fonction de ce
résultat à atteindre. C’est bien le but qui organise mon comportement par
rapport aux conditions dans lesquelles je me trouve. Si je suis loin je
lance fort, si je suis plus près je lancerai moins fort… Il y a toujours
un but que je cherche à atteindre. Pour atteindre ce but, je mets en œuvre
un comportement.
Dans le film " l’enfant et le ski " l’apprentissage est
basé sur ce principe. C’est l’exemple qui a donné son nom à la pédagogie
par aménagement du milieu. A un moment du film, il est question
d’apprendre à réaliser un virage. Les enseignants vont dire aux élèves :
" votre but est de réaliser une courbe de virage régulière sur la neige ",
mais comme se sont des enfants petits (3 à 5 ans) leur dire : est un but
trop abstrait, alors on leur inscrit concrètement le but en faisant une
trace de couleur sur la neige. Ils ne doivent pas s’en éloigner. Au départ
ils vont faire des pas tournants. Puis ils regardent leur position par
rapport à la trace et il y a donc perception des effets du comportement
(ex : entrée par " je suis en décalage par rapport à cette trace "). Il
existe dans le fonctionnement psychologique un comparateur qui compare en
permanence le résultat actuel au résultat désiré. On appelle cela une
boucle en feed-back négative car le comportement suivant vise à
réduire cet écart (la discrépance). Dans le cadre de cette théorie,
que l’on appelle théorie du contrôle, tous les comportements humains
fonctionnent sur ce modèle. Dans notre exemple, la perturbation venant
d’une influence extérieure (par exemple le vent) ne joue qu’un rôle
mineur.
Voyons maintenant une autre expérience, celle de
Bandura et Cervone réalisée en 83 et reprise en 86. La tâche motrice qu’il
faut effectuer consiste à serrer une poignée en exerçant un maximum de
force (dynamomètre à main). On a 4 groupes :
- le groupe " contrôle " à qui on ne donne ni but à atteindre ni
résultats par rapport à leurs réalisations ;
- un groupe à qui on donne le feed-back : " vous avez réalisé tant " ;
- un groupe à qui on donne un but : " vous devez réaliser 10 kg " ;
- un groupe à qui on donne un but et un feed-back.

C’est une expérience simple mais parlante sur la nécessité
absolue en pédagogie de donner à la fois un but et un feed-back de ce que
l’on réalise.

Vous avez des buts spécifiques (ex : ski : " tu suis la
couleur ") identiques pour tous les élèves.
Vous avez des buts généraux abstraits (" tu essaies de faire une courbe
régulière sur la neige "). La définition de la courbe régulière peut
varier d’un élève à l’autre.
Il n’y a là qu’une situation qui est utile, c’est celle
où on fixe aux élèves des buts spécifiques et qu’ils ont un feed-back qui
correspond à ces buts.
Ex : Un enseignant au volley-ball dit : " vous laissez
rebondir le ballon par terre, vous vous placez sous le ballon, et vous
essayez de le faire passer par-dessus le filet ". C’est une tâche
parfaite, avec un but bien défini. Il n’y a pas besoin du professeur pour
savoir si le but est atteint ou pas. Si l’enseignant voyant un élève qui
ne réussit pas lui dit " tu ne plies pas assez tes jambes ", il lui
donne un feed-back qui ne correspond pas du tout au but fixé. En effet, à
aucun moment il ne leur a demandé de plier les jambes.
Il y a une théorie de la motivation qui est directement
liée à l’apprentissage et à la performance (au départ dans le domaine du
travail), c’est la théorie de
fixation de but .
Cette théorie est extrêmement concrète qui propose une série de
recommandations :
- plus le but que l’on fixe aux élèves est difficile, plus le résultat
est meilleur. Le sujet constate un écart important entre le but fixé et
ce qu’il fait, va faire des efforts pour réduire l’écart. Il y a bien
sûr une limite à respecter ;
- plus le but est spécifique, meilleure est la performance. Une
manière efficace de spécifier le but est de l’inscrire dans le milieu ;
- plus le but est réaliste meilleure est la performance. On prend la
moyenne des 5 dernières performances, puis l’écart entre cette moyenne
et la meilleure performance et on rajoute cet écart à la meilleure
performance. On obtient un but réaliste ;
- flexibilité du but : donner la possibilité aux élèves de monter ou
de descendre à leur gré le niveau de difficulté du but ;
- proximité du but : il faut décomposer le but final trop long à
atteindre, en une série de sous buts progressifs ;
- caractère positif du but : ne jamais fixer de but négatif (" pourvu
que je ne fasse pas une double faute ") ;
- temporalité du but : se fixer des échéances temporelles (" c’est
match par match, on ne pense pas au titre pour le moment ").C’est fixer
des buts immédiats en ne perdant pas de vue à long terme.
Normalement, les bons entraîneurs utilisent cette
stratégie. Ils parlent d’objectifs et non de buts, mais cela revient au
même.
Maintenant, revenons à ce qui se passe par rapport à
l’apprentissage et à la boucle de feed-back négative. Les élèves
constatent une discrépance entre un résultat qu’ils veulent
atteindre et leur résultat actuel, leur fonctionnement consiste à réduire
cette discrépance. Ce qui est intéressant sur le plan pédagogique, c’est
qu’il n’y a pas une seule manière de le faire. Certaines sont favorables à
l’apprentissage et d’autres non. Soit on joue sur le but soit on joue sur
le feed-back.
1 - On joue sur le feed-back. C’est une solution
comportementale.
La manière la plus traditionnelle de procéder est de faire que le
feed-back se rapproche du but. On peut penser que l’apprentissage est le
meilleur moyen, mais ça ne se passe pas aussi facilement que ça. On prend
un exemple. Je veux ouvrir la porte et la porte coince. Il y a discrépance.
Le premier comportement que j’adopte pour la réduire est d’augmenter les
ressources que j’utilise, je fais plus de pression, plus d’efforts. Si
l’écart demeure, je choisis un deuxième comportement dans le répertoire
des comportements que je possède déjà. Par exemple, je vais pousser avec
l’épaule, si ça ne marche pas avec l’épaule, je vais chercher d’autres
solutions dans ce répertoire… Si rien ne marche, je vais chercher à
produire un comportement nouveau et c’est seulement à ce moment qu’il y a
apprentissage.
Pour qu’il y ait apprentissage, il faut que les tâches
soient d’un niveau de difficulté suffisant pour que l’élève cherche des
stratégies ou des comportements nouveaux. On rentre dans la résolution
de problème. On change le feed-back futur par un changement de
comportement.
Il existe des indicateurs. Si un élève réussit du premier coup une tâche
qui lui est proposée, c’est qu’il la maîtrise et il n’y a pas
d’apprentissage à attendre.
Question : par rapport au " décalage optimal " ?
Réponse : Elle se base sur un fonctionnement d’auto-régulation, à
savoir qu’il y a une comparaison entre les tâches que l’on donne aux
élèves et les résultats qu’ils obtiennent. Le décalage optimal c’est de
faire en sorte que la difficulté de la tâche ne crée pas une discrépance
trop élevée.
Question : quelle différence entre discrépance et dissonance ?
Réponse : La discrépance est l’écart entre le but et le résultat,
la dissonance se situe dans un cadre cognitif, lorsqu’on a une
représentation de connaissances et que d’autres ont du mal à s’intégrer
par rapport à ça. Il y a une dissonance cognitive.
2- on joue sur le but. C’est une solution cognitive
Il y a 2 solutions cognitives qui permettent de jouer sur le but :
- réduire la discrépance. Ensuite on entre plus directement dans la
motivation.

Cela se présente de la manière suivante : par
exemple, il y a la note que veut un élève et sa note actuelle. Il y a
deux solutions, soit il va dans un sens : il agit sur ses
connaissances etc… pour obtenir une note qui réduit la discrépance,
soit il va dans l’autre sens : il agit sur le but, il diminue le
standard de manière à diminuer la discrépance. C’est à ce niveau que
se situe la redéfinition du but de la tâche (but plus accessible).
Cela peut avoir des aspects adaptatifs ou cela peut avoir des aspects
néfastes. Ex : d’aspect d’adaptabilité : je veux présenter le brevet
d’état en tennis. Si pour le présenter on me dit qu’il faut être
classé 15, je ne peux pas fixer mon but à atteindre à 15/4, puisque ça
ne correspond pas au niveau exigé. Je suis donc obligé de m’adapter à
ce but et d’envisager de faire des progrès. Par contre, dans le cas où
il n’y a pas ce genre d’obligation, je peux très bien en cours de
saison descendre de 15 à 15/4 en fonction de ce qui se passe et se
sera aussi un aspect adaptatif.
Mais l’individu peut aussi rejeter le feed-back comme non
crédible, c’est à dire interpréter la discrépance comme non importante
et l’ignorer. Imaginez que vous avez une haute estime de vous-même
dans l’activité (c’est-à-dire que vous êtes compétent dans cette
activité) vous obtenez un feed-back d’échec, une des choses qui se
fait fréquemment, c’est de nier la crédibilité du feed-back et de
dire : " l’arbitre est pourri… l’autre a profité du vent… ". C’est une
manière de réduire la discrépance. Ca se fait à partir du receveur et
en jouant sur la caractéristique du feed-back ;
- la dernière solution c’est carrément l’abandon du but.
Elle ne présente que des désavantages. Tout à l’heure, quand on
changeait de but, on restait tout de même engagé vers celui-ci même s’il
était diminué. Ici on refuse d’apprendre et de trouver des solutions
pour atteindre le but. Il y a deux façons d’abandonner le but :
- physiquement : on sort de la situation (Marie José Perec qui a
fui) ;
- dans les théories cognitives : le dégagement mental : on ne
s’investit plus dans la situation (celui qui ne joue plus à fond dans
une partie qu’il considère comme perdue).

Par rapport à l’abandon du but (Carver et
Scheier) : on travaille vers le but. On rencontre une difficulté.
On interrompt les efforts. S’il n’y a pas de problème, on continue,
sinon on évalue ses chances de succès. Ensuite, si on est confiant, on
reprend ses efforts, sinon on abandonne le but.
Dans le cadre de la discrépance, il peut y avoir une discrépance
positive, lorsque le sujet dépasse le but qu’il s’est fixé. La logique
voudrait que dans ce cas le sujet cherche à réduire la discrépance en
réduisant ses efforts. Mais ça ne se passe pas comme ça. Dans ce cas
le sujet se fixe un nouveau but.
Dans le cadre du comportement humain, il existe des
buts, mais aussi des anti-buts. Au lieu de chercher à s’approcher
de quelque chose, on cherche à s’en éloigner : " je veux éviter de
paraître incompétent ou ridicule ".
Au niveau de la compétence qui est au centre de
l’école, de l’EPS (la motivation d’accomplissement), si l’élève pense
qu’il ne peut pas apparaître compétent, alors il va éviter d’apparaître
incompétent et il va mettre en œuvre des comportements qui vont l’empêcher
d’apprendre et qui vont créer des obstacles à l’apprentissage, à la
performance.. Toutes les stratégies non-adaptatives, chez les sportifs les
stratégies d’auto-handicap :
- les handicaps comportementaux : les sujets qui font exprès de ne pas
s’entraîner pendant le temps imparti à l’échauffement pour avoir une
excuse de ne pas être compétent au bout de ce temps ;
- la procrastination qui consiste à remettre par exemple des révisions
en vue d’un examen jusqu’au dernier moment appartient à cette
catégorie ;
- les handicaps auto-proclamés : blessures annoncées avant la course
par exemple.
Cela présente un double avantage, car si il obtient un
bon résultat il sera considéré comme compétent d’autant plus qu’il n’aura
pas fait d’effort, et s’il échoue il pourra invoquer le non entraînement
ou la blessure.
Mais les stratégies d’auto-handicap peuvent être
utilisées aussi pour se mettre en avant : stratégies de valorisation de
soi. Si on demande à des élèves de monter à la corde en se servant des
bras et des jambes et qu’un n’utilise que les bras, il s’auto-handicape,
mais c’est pour se valoriser par rapport aux autres. Dans l’article de
Nicholls analysé par M. Durand, il est dit que l’école valorise l’effort,
mais que les élèves pensent qu’il vaut mieux être habile que faire des
efforts.
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